Franklin Listening Bars — Front Porch Fidelity — Guide « Tracks & Tales »

Franklin Listening Bars — Front Porch Fidelity — Guide « Tracks & Tales »

À vingt miles au sud de Nashville, Franklin est discrètement devenue la ville où les musiciens de la « Music City » reviennent chez eux. Sa culture musicale s'exprime dans des théâtres restaurés, d'anciennes usines et des salles construites bien avant l'apparition de l'amplification.

Par Rafi Mercer

Certaines villes sont façonnées par la musique qui y fait passage. Franklin, elle, est façonnée par la musique qui s’y installe. À vingt miles au sud de Nashville, au bout d’une autoroute qui ramène chaque soir chez eux les musiciens de studio, les auteurs-compositeurs et les producteurs, cette ville du Tennessee est devenue le cœur résidentiel d’une industrie qui s’exprime ailleurs. Cette distinction a son importance. Nashville, c’est là où la musique résonne à plein volume. Franklin, c’est là où ceux qui la créent viennent pour s’écouter réfléchir.

Le centre-ville est une rue principale de l’époque victorienne, l’une des mieux préservées du Sud américain : briques rouges, balcons en fer forgé, devantures de magasins qui ont conservé leurs proportions depuis le XIXe siècle. Elle a survécu à la bataille de Franklin en 1864, l’un des affrontements les plus sanglants de la Guerre de Sécession, et cette histoire est encore présente dans l’architecture : des bâtiments qui ont vu trop de choses pour se presser. En la parcourant lentement, on en découvre toute la dimension : des pièces conçues pour la conversation, et non pour les foules, des plafonds suffisamment bas pour conserver la chaleur, des fenêtres qui laissent entrer la rue sans laisser passer le bruit.

La musique country est la langue ancestrale de cette ville, même si elle s’y exprime différemment de ce qu’on voit sous les néons de Broadway. Le comté de Williamson a accueilli des générations de musiciens professionnels de Nashville : les auteurs, les musiciens, les producteurs dont les noms figurent dans les notes de pochette plutôt que sur les marquises. À Leiper’s Fork, un village situé à quelques miles à l’ouest, le Fox & Locke organise des sessions de musique et des soirées de compositeurs dans une salle où le public se compose souvent pour moitié de professionnels du milieu et pour moitié de voisins, et où la frontière entre l’artiste et l’auditeur s’estompe complètement. C’est la musique country à un volume de conversation — un retour aux sources, sur le porche où tout a commencé.

Il existe un deuxième volet, moins connu : Franklin et le comté de Williamson sont devenus un pôle de l’industrie de la musique chrétienne et gospel contemporaine, avec des labels, des éditeurs et des studios qui s’y sont implantés à partir des années 1980. Quelle que soit la relation que l’on entretienne avec ce genre musical, sa présence a façonné les infrastructures de la ville : studios d’enregistrement, studios de mastering, ainsi qu’une densité inhabituelle d’oreilles professionnelles pour une ville de cette taille. Franklin écoute en haute fidélité parce qu’un grand nombre de ses habitants sont rémunérés pour cela.

Ici, on vient écouter de la musique au quotidien dans des lieux chargés d’histoire. Le Franklin Theatre, un cinéma de 1937 situé sur Main Street et restauré en 2011, propose désormais des concerts dans un espace suffisamment intime pour qu’un chanteur puisse se pencher vers le micro tout en étant entendu jusqu’au dernier rang. The Factory at Franklin — une ancienne usine de poêles transformée en complexe culturel — abrite le Luna Record Shop, où l’on chine des vinyles sous des fermes industrielles, et accueille des spectacles dans des espaces qui ont conservé leur âme d’usine. Gray’s on Main occupe une ancienne pharmacie, trois étages de brique et de bois où la musique résonne à l’étage tandis que la ville se restaurent en bas.

Chaque année en septembre, le Pilgrimage Music & Cultural Festival rassemble des dizaines de milliers de personnes à Harlinsdale Farm, une ancienne ferme d’élevage de chevaux de marche située à la périphérie de la ville — un festival cofondé par des musiciens, organisé sur l’herbe, et dont le rythme s’oppose délibérément aux rituels bruyants de l’industrie musicale. C’est l’âme même de la ville qui s’exprime à plus grande échelle le temps d’un week-end : une musique de qualité, un cadre paisible, et le retour à la maison à une heure raisonnable.

Franklin s'inscrit dans cette culture de l'écoute presque par hasard, grâce à son tempérament. C'est une ville qui a restauré son théâtre plutôt que de le remplacer, qui a conservé sa rue principale alors que les centres commerciaux étaient à la mode, et qui se définit par la préservation plutôt que par l'expansion. L’éthique des bars d’écoute — patience, fidélité, salles conçues pour favoriser l’attention — n’exige rien de Franklin que la ville ne pratiquait pas déjà. Alors que Nashville apprend à écouter, comme je l’ai écrit dans *Nashville’s Quiet Frequency*, Franklin n’a jamais vraiment cessé de le faire.

Ici, les soirées commencent tôt et se déroulent dans le calme. La ville se vide doucement après le dîner ; il ne reste plus que la lumière d’un porche, le murmure sourd provenant de la chambre de Gray à l’étage, et la marquise du Franklin Theatre qui brille sur la brique sombre. Si vous recherchez une salle dédiée aux vinyles, à la manière de Tokyo, les nouveaux bars d’écoute de Nashville se trouvent à vingt minutes au nord. Mais si vous voulez comprendre pourquoi ces bars voient le jour — l’engouement pour des salles plus intimes, un son plus authentique, des soirées qui se terminent en beauté —, Franklin en est la preuve vivante, faite de briques et de calme.

Ce que Franklin apporte à la culture de l'écoute, c'est la preuve que la fidélité est une valeur civique avant d'être une valeur acoustique. Une ville qui préserve ses espaces préserve son son. Les musiciens qui y vivent le savent ; c'est pour cela qu'ils y vivent.

Venez pour la rue principale. Restez pour découvrir ce que l'on entend quand une ville refuse de faire entendre sa voix.

Les lieux à ne pas manquer

La cartographie des salles de concert de Franklin est toujours en cours. Si vous connaissez un lieu qui aurait sa place ici — un bar, un théâtre, une salle où la musique est reine —, proposez-le pour qu'il soit examiné.

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Que vous veniez à la recherche de soirées de compositeurs, de musique « Americana » ou simplement d'une meilleure façon de vivre la musique, Franklin récompense ceux qui sont prêts à prendre le temps de s'arrêter et d'écouter véritablement.

Rafi Mercer écrit sur les lieux où la musique occupe une place importante.

 

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