Préparer ses bagages pour Marrakech

Préparer ses bagages pour Marrakech

Préparer ses bagages pour Marrakech

Par Amelia Fairfax

Il y a toujours ce moment, avant un voyage, où votre valise devient un miroir. Chaque choix ressemble à une confession : qui suis-je cette semaine ? Comment est-ce que je veux me sentir à mon arrivée ? J’étais assise par terre, entourée de piles de linge, de soie à moitié pliée et de bien trop de paires de baskets, essayant d’imaginer Marrakech à travers les sons et les textures. Rafi m’avait déjà envoyé deux messages à propos des écouteurs — une histoire d’impédance, d’écouteurs ouverts ou fermés, un débat qui pourrait durer toute une vie. Moi, je voulais juste savoir si mes cheveux survivraient à l’air du désert.

Voyager avec Rafi est une aventure à part entière. Il explore le monde à l’écoute. Chaque coin de rue devient un test acoustique ; chaque café, un essai en puissance. Une fois, nous avons raté un vol parce qu’il s’était laissé emporter par le bruit de la pluie frappant un auvent métallique. Je l’adore pour ça — cette curiosité insatiable et à l’écoute du monde —, mais je sais aussi ce que c’est que de le suivre tant bien que mal pendant qu’il enregistre le bourdonnement d’un frigo de marché parce que « ça fait penser aux débuts de Brian Eno ». Marrakech sera un rêve pour lui : une symphonie d’appels à la prière, de motos et de cafetières en cuivre qui tintent comme des carillons.

Mon rôle, je suppose, sera de remarquer ce que les gens portent pendant qu’il écoute ce qu’ils entendent. Je m’en fais déjà une image : l’ocre des murs de la médina faisant écho aux foulards indigo, des sandales poussiéreuses d’épices, des coupes de tailleur réinventées dans des tissus de lin amples. Le style marocain possède cet équilibre que j’adore : une élégance sans effort, une structure adoucie par la lumière. J’ai emporté ma chemise en coton blanc, qui est plus jolie froissée, une jupe longue qui virevolte au gré de la brise, et mes Gazelles vintage, car je ne peux pas voyager sans elles. Si la mode m’a appris quelque chose, c’est que le confort ne doit pas nécessairement nuire au style.

Il y a aussi cette petite question de la construction de l’univers de Rafi : le guide, les essais, les innombrables notes qu’il rassemble. Il est en train de créer quelque chose d’immense, cet univers « Tracks & Tales », en cartographiant notre façon d’écouter et de vivre. Je l’imagine déjà dans la cour du riad, son carnet ouvert, les yeux fermés, absorbant l’écho de l’eau sur le carrelage. Il parlera de résonance et de quiétude, et je ferai semblant de ne pas être jalouse de la façon dont il s’y fond complètement. Pour moi, la mode a toujours été plus visible — plus bruyante, plus légère, plus rapide. Mais ces derniers temps, j’apprends de son rythme : ralentir, choisir moins, laisser les petits détails respirer.

Je prends bien sûr mes écouteurs Beoplay — Rafi ne me le pardonnerait pas si j’arrivais avec autre chose — ainsi qu’une playlist de Nina Simone, Khruangbin et un peu de soul un peu rétro pour les soirées. Il y a quelque chose dans le fait de voyager en musique qui donne à chaque endroit une dimension supplémentaire, comme s’il n’attendait que l’on appuie sur « play ». J’entends déjà le brouhaha des souks se mêler au morceau qu’il insistera pour qu’on écoute autour d’un thé à la menthe. Lui, il appellera ça de la « recherche sur le terrain ». Moi, j’appellerai ça les préliminaires d’une bonne idée.

Quand il rentrera chez lui en avion, je resterai encore quelques jours pour me reposer et faire du shopping. Marrakech est parfaite pour les deux. J’ai envie de flâner parmi les étals de tissus des souks, ceux qui se cachent loin des sentiers battus, là où les étoffes pendent lourdement et où l’air sent la teinture. Je chercherai quelque chose de fait main, quelque chose qui capte la lumière de cet endroit — peut-être un châle tissé, peut-être une paire de sandales qui viendront une nouvelle fois bouleverser mes plans de valises. Il y a une petite boutique à Gueliz qui vend des pièces vintage françaises revisitées ; on m’a dit que le propriétaire s’occupait autrefois du stylisme des défilés parisiens avant de revenir s’installer ici. C’est exactement le genre de pèlerinage que j’aime.

Ce genre de voyage me rappelle pourquoi je suis tombée amoureuse de la mode au départ. Ce ne sont pas les emplois du temps ni les défilés, mais la façon dont les vêtements vous permettent de ramener un peu d’un endroit chez vous. Rafi ramènera des notes de terrain et des enregistrements sonores. Moi, je ramènerai des tissus, des couleurs, un petit bout de Marrakech cousu dans ma valise. Des souvenirs différents issus d’une même histoire.

Tout en fermant mon sac, je me dis que les voyages nous transforment toujours un peu : celui qui écoute devient un peu plus attentif aux images, celui qui s'habille un peu plus serein. C'est peut-être ça, l'essentiel. Lui parlera, moi j'observerai, et quelque part entre le son et la silhouette, nous trouverons le même rythme.

Amelia Fairfax

Retour aux contes

Ce n'est pas une playlist.

Le nombre de membres fondateurs est limité à 200 dans le monde entier. Le club d'écoute « Tracks & Tales » s'adresse à ceux qui comprennent que l'écoute n'est pas un simple bruit de fond, mais qu'il s'agit d'être pleinement présent.

INSCRIVEZ-VOUS DÈS MAINTENANT