Dance, No One's Watching — Ezra Collective (2024)
Un album enregistré dans une pièce bondée, destiné à des pièces habituellement calmes.
Par Rafi Mercer
Dans la plupart des bars dédiés à l'écoute, la règle d'étiquette est le silence. On vous demande, sans jamais vraiment vous le dire, de rester discret pour laisser le son envahir la pièce. Épaules relâchées. Verre posé sur le comptoir. C'est l'aiguille de quelqu'un d'autre qui bouge. C'est une discipline, et comme la plupart des disciplines, elle peut dégénérer en piété si personne ne la surveille de près.
C'est donc un album intitulé *Dance, No One's Watching* qui sort, accompagné d'une petite polémique.

Le troisième album d’Ezra Collective est sorti le 27 septembre 2024 chez Partisan. Dix-neuf titres. Cinquante-sept minutes. Femi Koleoso à la batterie, son frère TJ à la basse, Joe Armon-Jones aux claviers, James Mollison au saxophone et Ife Ogunjobi à la trompette : cinq musiciens qui se sont rencontrés adolescents en 2012 au sein de Tomorrow’s Warriors, le programme de jazz londonien.
Les circonstances de l'enregistrement revêtent une importance particulière. Ils l'ont enregistré à Abbey Road dans les jours qui ont suivi le carnaval de Notting Hill, et quelques jours avant de remporter le Mercury Prize pour l'album qui l'avait précédé. Et ils ne l'ont pas fait seuls. Amis et famille ont été invités dans le studio, en clin d’œil aux Beatles qui jouaient « jusqu’à faire trembler les murs » avant que le bâtiment ne prenne leur nom. Koleoso a déclaré qu’il y avait tellement de monde dans la pièce que jouer de manière isolée aurait été contraire à l’esprit du projet. On en perçoit les conséquences entre les morceaux : des voix, des bruits de pas, une pièce qui n’a pas été balayée.
La structure s’articule autour d’une soirée, organisée de manière linéaire. Quatre courts interludes la divisent : passage au vestiaire, sur la piste de danse, dans notre élément, lumières allumées. Arrivée, immersion, maîtrise, retour à pied. Koleoso l’a décrite à Apple Music comme le son de la libération, un tour du monde condensé en une seule soirée.
La géographie joue un rôle prépondérant. « N29 » tire son nom du bus de nuit qui ramène les gens de Trafalgar Square à Enfield. « Ajala » a été composé après que le groupe eut joué au New Afrika Shrine de Fela Kuti, puis enregistré à Lagos en octobre 2023. « Palm Wine » s’inspire de la musique sierra-léonaise liée au vin de palme et du highlife. « Expensive » reprend le morceau « Expensive Shit » de Fela et y ajoute les touches d’Armon-Jones. On retrouve une apparition d’Ian Wright au début de « Shaking Body », ce qui indique clairement de quel Londres il s’agit.
Et les parties de cuivres ont pris de l’ampleur. Ogunjobi et Mollison restent en première ligne, mais les sessions se sont élargies pour accueillir Nubya Garcia, Jay Phelps, Kaidi Akinnibi, Jermaine Amissah, Richie Seivwright au trombone, ainsi qu’une section de cordes. Les lignes mélodiques se présentent sous forme de phrases courtes et percutantes plutôt que de longs solos — elles sont placées stratégiquement, sans être mises en avant. Yazmin Lacey chante sur « God Gave Me Feet For Dancing », Olivia Dean sur « No One’s Watching Me », et M.anifest et Moonchild Sanelly sur « Streets Is Calling ». La voix d’Olivia Dean reste le pivot de l’album : elle ralentit l’ambiance sans pour autant l’arrêter, ce qui est plus difficile à réaliser que l’une ou l’autre de ces deux choses.
Tout n'est pas toujours réussi. Jazzwise a perçu par moments une certaine gêne, une touche de stylisation qui s'insinue dans certains morceaux, et c'est une remarque justifiée. Un album conçu pour capturer une émotion laisse parfois entrevoir la bouteille elle-même.
Mais la raison pour laquelle cet album a sa place dans un bar dédié à l’écoute est précisément celle pour laquelle il semble n’y avoir pas sa place. Le silence n’est pas l’objectif de ces lieux ; c’est l’attention qui prime. Un disque consacré à la piste de danse, diffusé à des personnes assises, devient un disque sur la raison d’être même de la piste de danse — à savoir la présence d’autres personnes, à proximité, au même moment. C’est ce que recherchent à la fois la salle et le disque. L’un y parvient en bougeant. L’autre, en restant immobile.
Il s'est classé septième au hit-parade des albums britanniques et deuxième au hit-parade indépendant. Le magazine Mojo l'a classé trente-troisième parmi les albums de 2024. Barack Obama a inclus « God Gave Me Feet for Dancing » dans sa sélection des meilleures chansons de l'année. Le 15 novembre 2024, le groupe a donné un concert en tête d'affiche à la Wembley Arena, devenant ainsi le premier groupe de jazz britannique à réaliser cet exploit, et lors des BRIT Awards en février suivant, il est devenu le premier groupe de jazz à remporter le prix du « Groupe de l'année ».
Le quatrième album, *Here Because Of Hope*, sortira le 18 septembre 2026. Il se compose de trois mouvements retraçant le parcours des populations noires, de l'Afrique aux Caraïbes puis à Londres, avec la participation de Pa Salieu, Lila Iké, Leona Lewis et Libianca.
Dans dix jours. Écoutez ce morceau avant qu'il ne sorte, dans une pièce calme, et voyez si vous restez assis sur votre chaise.
Questions rapides
Quand est sorti *Dance, No One's Watching*?
Le 27 septembre 2024, chez Partisan Records. Cet album faisait suite à*Where I'm Meant To Be* (2022), qui avait remporté le Mercury Prize.
Pourquoi cet album comporte-t-il des interludes ?
Les quatre courts actes — « Rencontre au vestiaire », « En pleine danse », « Notre élément », « Lumières allumées » — structurent l'album comme une soirée, de l'arrivée à la fin.
Est-ce que ça fonctionne quand on l'écoute tranquillement, assis ?
Oui, même si elle n'a pas été conçue pour cela. Les bruits ambiants du studio d'Abbey Road et les arrangements de cuivres méritent qu'on y prête autant attention qu'aux changements de rythme.
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