Laura Misch, de Lithic, descend sous terre et y découvre le corps qui l'attendait.

Laura Misch, de Lithic, descend sous terre et y découvre le corps qui l'attendait.

Il y a des choses qui te retiennent, et qui enfreignent les règles.

Par Rafi Mercer

L’aiguille se pose et, l’espace d’un instant, il n’y a plus que le sifflement du vinyle et le bruit de la respiration de quelqu’un. Pas un échantillon de respiration — la respiration elle-même, si proche qu’on la sent sur sa nuque. C’est ainsi que commence *Lithic*, et cela en dit long sur l’univers dans lequel les cinquante minutes à venir vont vous plonger. Vers le bas. Vers l’intérieur. Dans ces lieux sombres et frais où le son a vu le jour avant même que quiconque ne l’appelle « musique ».

Le premier album de Laura Misch flottait. *Sample the Sky* évoluait entre nuages et grand air, un disque que l’on pouvait écouter pour se sentir transporté vers un endroit plus lumineux. *Lithic* fait tout le contraire. Il nous fait descendre. Elle l’a en grande partie enregistré dans des grottes et des carrières de Cornouailles, jouant du saxophone face à la roche qui lui répondait, enregistrant des percussions frappées sur de l’ardoise, laissant les caprices de la météo — tempêtes, toits qui fuyaient, vent qui l’empêchait de travailler comme elle l’avait prévu — s’inscrire d’eux-mêmes dans les prises. On perçoit cette capitulation dans le résultat final. Rien ici ne semble avoir été orchestré pour aboutir à un résultat précis. Tout semble avoir été trouvé.

Ce qui reste gravé dans l’esprit, c’est à quel point tout cela est physique. « Echoes » s’avère être construit sur le rythme des cris des lémuriens femelles, étudiés pour une bande originale radiophonique, puis reconstruits à la main — les touches du saxophone cliquetant comme des percussions avant qu’un tambour en peau de chèvre ne vienne s’y superposer. Cela ne devrait pas émouvoir autant, et pourtant c’est le cas, et on cesse de se demander pourquoi. Il y a ici une lignée qui mérite d’être mentionnée : le saxophone traité moins comme un instrument que comme un souffle rendu visible, la même astuce que Yasuaki Shimizu avait mise en œuvre sur *Kakashi* — un instrument qui donne moins l’impression de jouer que d’être simplement présent dans la pièce avec vous. « Shell », composé en solitaire pendant un hiver à Dungeness, est le moment le plus calme de l’album — juste une voix, un peu de violoncelle, le genre de quiétude qui ne s’installe que lorsqu’une personne a eu assez froid et s’est sentie assez isolée pour cesser de jouer la comédie. « Mythic » porte en son sein le souffle véritable de la mer Égée sous ses synthés et son saxophone, enregistré dans un studio côtier d’Hydra où Misch regardait les nuages traverser l’eau pendant qu’elle jouait. Pas besoin de le savoir pour le ressentir. L’air est tout simplement présent dans l’enregistrement.

Il y a ici un titre qui mérite qu’on s’y attarde : « Kairos », du nom de l’ancien mot grec désignant le temps qui ne se mesure pas en heures, mais en instants qui comptent en eux-mêmes. Misch a évoqué sa résistance à la conception qu’a l’industrie d’un calendrier — ce qui est considéré comme précoce, ce qui est considéré comme tardif, ce qui est considéré comme un succès. « Lithic » ne donne pas l’impression d’être un album préoccupé par tout cela. On dirait plutôt quarante ans de patience condensés en un objet que l’on peut tenir entre ses mains. La pierre prend son temps pour devenir de la pierre. Cet album vous invite à prendre le vôtre — c’est exactement ce que nous défendions dans notre guide des 50 meilleurs albums à écouter en profondeur, ces disques qui transforment la géométrie d’une pièce plutôt que de simplement la remplir.

Avec le morceau de clôture « Spiral » — violoncelle, orgue, batterie live, voix superposées pour former quelque chose qui s’apparente davantage à un rituel qu’à une chanson —, l’album a discrètement tenu la promesse de son titre. Il a fait remonter le son au-delà du studio, au-delà de la ville, vers quelque chose de plus ancien qui se cache sous tout cela, attendant d’être écouté comme il se doit. On retrouve ici un lien de parenté avec *Sunset Mission* de Bohren & der Club of Gore — un autre album qui traite la pièce elle-même comme un instrument, où le contact de l’aiguille modifie la forme de l’espace qui vous entoure. Écoutez *Lithic* dans un endroit à la lumière tamisée et équipé de bonnes enceintes, un endroit où vous pouvez laisser le silence s’installer autour de vous. Laissez-le vous inviter à ralentir. Il possède déjà la patience de la pierre. Le moins que vous puissiez faire, c’est d’en emprunter un peu.


Où l'album « Lithic » a-t-il été enregistré ?

Principalement en plein air et loin de tout : des grottes et des carrières en Cornouailles pour les rythmes et les percussions, un studio côtier sur l’île grecque d’Hydra pour les mélodies, et un hiver solitaire à Dungeness pour « Shell ».

Qui d'autre figure sur l'album ?

Alfa Mist, collaborateur de longue date, joue du piano sur « Jealousea ». Marysia Osu joue du piano sur « Soften ». La violoncelliste Katt Newlon participe à « Shell ». L'album a été produit en collaboration avec Matt Karmil.

L'album « Lithic » est-il adapté à une ambiance de bar musical ?

Oui — cet album met en valeur un espace conçu pour le recueillement. Les textures sont suffisamment épurées pour laisser de la place, mais suffisamment concrètes pour la remplir, et l’ensemble de l’album est pensé pour ceux qui préfèrent s’asseoir plutôt que de faire défiler leur écran.


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