Encore un concert au Village Vanguard ! — Rester au cœur de la question

Encore un concert au Village Vanguard ! — Rester au cœur de la question

L'album de John Coltrane, enregistré en 1966 chez Impulse!, qui invite à la réflexion, et ce qu'il apprend à ceux qui sont prêts à s'y plonger.

Par Rafi Mercer

Il y a des disques que l'on comprend au fur et à mesure qu'ils passent.

Et puis il y a ces disques qui vous donnent envie de rester, même quand ce n'est pas le cas.

Je me souviens de la première fois où je suis tombé sur *Live at the Village Vanguard Again!*. C'était au tout début — à l'époque de Virgin, quand le catalogue semblait infini et que la seule véritable consigne était d'écouter. Certains albums se révélaient d'emblée. D'autres se dévoilaient petit à petit. Et puis il y en avait quelques-uns, comme celui-ci, qui ne semblaient pas s'ouvrir du tout.

Pas au début.

La pochette à elle seule donne le ton. Austère. Directe. Aucune douceur pour vous mettre en confiance. Et dès que l’aiguille touche le disque, la musique suit le mouvement. Ce n’est pas une introduction. C’est une immersion — en plein milieu d’une réflexion, d’une quête, déjà en marche avant même que vous n’ayez eu le temps de vous y mettre.

C'est la première chose que l'on ressent chez John Coltrane à cette époque.

Il ne joue pas pour toi.

Il joue malgré tout.

Les morceaux s’étirent. Dix minutes deviennent vingt. La forme se relâche, puis se dissout, avant de réapparaître par fragments. La mélodie n’est pas abandonnée, mais elle n’est pas figée non plus. Elle surgit, tourne en rond, disparaît, puis revient transformée. La section rythmique ne sert pas de point d’ancrage au sens traditionnel du terme : elle bouge, réagit, remodèle le sol sur lequel repose le son.

Au début, on peut se sentir un peu désorienté.

C'est comme si vous aviez rejoint une conversation qui avait commencé bien avant votre arrivée.

Mais si vous restez — ne serait-ce qu’un peu plus longtemps que ce qui vous semble confortable —, quelque chose commence à changer. Pas dans la musique, mais en vous. Vous cessez d’essayer de la suivre de manière linéaire. Vous cessez de rechercher les repères familiers : le refrain, la résolution, le point culminant.

Au contraire, vous commencez à écouter différemment.

C'est là que le dossier révèle son intention.

On ne te demande pas de le comprendre.

Cela te demande d'être présent en son sein.

Cette distinction a son importance. Car dès lors qu’on l’accepte, l’expérience change du tout au tout. Ce qui semblait chaotique commence à donner une impression d’immensité. Ce qui semblait lointain commence à paraître profondément humain. On commence à entendre non seulement les notes, mais aussi l’effort qui se cache derrière elles : la quête, la recherche, le refus de se contenter de peu.

Et c'est précisément ce que cet album parvient à rendre avec tant de justesse.

Un moment de transition.

Coltrane avait déjà dépassé le cadre structuré de *A Love Supreme*. Ce qui se dégage ici est quelque chose de moins défini, mais peut-être de plus sincère. Une volonté de s’aventurer dans l’inconnu sans chercher à le cartographier à l’avance. C’est une sensibilité que les *kissa* de jazz comprenaient intuitivement — ces salles de Tokyo de l’après-guerre où Coltrane n’était pas considéré comme une simple musique d’ambiance, mais comme une véritable Écriture, diffusée du début à la fin en silence, exactement comme il l’avait voulu.

Cela s'entend dans la façon dont les membres du groupe interagissent. Il n'y a pas de hiérarchie au sens traditionnel du terme. La musique ne s'articule pas autour d'une voix centrale soutenue par un accompagnement. C'est un mouvement collectif : chaque musicien réagit en temps réel, façonnant la direction que prend le morceau au fur et à mesure qu'il se déroule.

Ce n'est pas toujours facile.

Mais il est toujours vivant.

Et c'est pour ça que ça te marque.

Ce n’est pas parce qu’on peut facilement le remettre en fond sonore. C’est impossible. Ce n’est pas un disque que l’on met pendant qu’on fait autre chose. Il en demande trop. Il exige votre attention, votre patience, votre volonté de rester assis sans chercher de réponse. Les lieux conçus pour lui l’ont bien compris : les bars d’écoute de Tokyo, où la culture de l’écoute attentive a été codifiée pour la première fois, diffusent ce genre de disque précisément parce qu’il exige que la salle préserve le silence dont la musique a besoin.

Mais si vous lui donnez cela, il vous le rendra.

Pas forcément la clarté.

Mais il faut relativiser.

Un rappel que la musique n’a pas toujours besoin de trouver une résolution pour avoir du sens. Que l’expression peut exister sans limites bien définies. Que parfois, le plus important pour un artiste est de suivre une idée jusqu’au bout, où qu’elle mène. L’album *Free Form* de Donald Byrd a saisi le jazz à ce même tournant en 1961 — la même époque Blue Note, la même volonté d’ouvrir une porte et de voir ce qui en sortirait. Coltrane, cependant, est allé plus loin. Il ne s’est pas contenté d’ouvrir la porte. Il l’a carrément supprimée.

Avec le recul, je me rends compte que je n'avais pas « saisi » cet album à l'époque.

Mais j'ai persévéré.

Et cela, au final, a suffi.

Parce que certains albums ne vous indiquent pas ce qu’il faut écouter.

Ils vous apprennent à écouter.


Questions rapides

Est-ce un bon point d'entrée dans le jazz ? Non, cet album est exigeant à l'écoute. Il vaut mieux l'aborder avec patience et un esprit ouvert, dans un esprit de découverte plutôt que d'attentes. Si vous cherchez par où commencer, *Blues & the Abstract Truth* constitue une porte d'entrée plus accueillante vers cette même époque.

Sur quoi dois-je me concentrer lorsque j'écoute ? Oubliez la structure. Concentrez-vous plutôt sur l'interaction : la façon dont les musiciens du groupe jouent à l'unisson, la manière dont les thèmes apparaissent et s'estompent, et l'évolution de l'énergie au fil du temps.

Pourquoi cet album est-il important aujourd’hui ? Parce qu’il incarne une façon d’écouter qui va à l’encontre de la facilité — une façon qui exige de l’attention, de la présence et la volonté d’accepter la complexité. Les lieux qui en ont le mieux saisi l’essence sont les bars d’écoute et les « jazz kissas », qui ont bâti toute leur identité autour de ce type précis de disques.


Rafi Mercer écrit sur les lieux où la musique occupe une place importante. Pour découvrir d'autres articles de la rubrique « Tracks & Tales », abonnez-vous ou cliquez ici pour en savoir plus.

Chaque mois, le « Listening Club » se réunit aux quatre coins du monde. Rejoignez-nous ici.

Retour aux contes

Ce n'est pas une playlist.

Le nombre de membres fondateurs est limité à 200 dans le monde entier. Le club d'écoute « Tracks & Tales » s'adresse à ceux qui comprennent que l'écoute n'est pas un simple bruit de fond, mais qu'il s'agit d'être pleinement présent.

INSCRIVEZ-VOUS DÈS MAINTENANT