Nils Frahm — Paris (2024)

Nils Frahm — Paris (2024)

Une soirée, dix pièces et un public dont on entend les pensées

Par Rafi Mercer

Les albums live me déçoivent généralement.

Les meilleures soirées sont assemblées, les imperfections gommées, un passage raté discrètement remplacé par celui du concert du mardi. Frahm l’a lui-même fait ainsi une fois : *Spaces*, en 2013, a été compilé à partir de deux tournées enregistrées sur des magnétophones peu fiables, les meilleurs moments sélectionnés a posteriori. Paris refuse tout cela. Une salle, une soirée — le 21 mars 2024, à la Philharmonie de Paris — dix morceaux, quatre-vingt-quatre minutes, publiés sur son propre label LEITER, sans rien de récupéré ni de caché. Ce qui s’est passé ce soir-là, c’est l’album.

Le concert s'ouvre en douceur, avec « Prolog » qui laisse place à « Right Right Right », tiré de *Music For Animals*; à la fin de ce morceau, Frahm invite le public à se transformer l'espace d'un instant en animaux sauvages — et quelques milliers de personnes rient, puis rugissent, avant de retomber dans le silence. Cet échange en dit long sur la nature de cette soirée. La salle n'est pas un simple décor. C'est un instrument à part entière.

Le concert retrace toute sa vie à la fois à rebours et de manière oblique. « Briefly » s’inscrit dans la lignée de *Music For Animals*; « You Name It », tiré de *Day*, l’album de piano solo qu’il avait sorti quelques mois plus tôt, ramène la soirée à un seul instrument et à un souffle retenu. « Some » remonte à *The Bells*, sorti en 2009. « Re » remonte encore plus loin, jusqu’à *Screws* — un album qu’il avait d’abord enregistré avec neuf doigts, après s’être cassé le pouce — et qui revient ici avec ses dix doigts, mais avec tout autant d’humilité. Puis les sons électroniques s’intensifient : « Spells » se construit à la manière de Ravel, avec patience et inévitabilité, et « Opera », le seul morceau inédit, est un bourdonnement lent et somptueux qui purifie l’atmosphère avant « Our Own Roof », tiré de sa bande originale du film *Victoria*. « Hammers » clôt l’album, et la salle lâche prise sur tout ce qu’elle retenait.

Écouté chez soi, du début à la fin, les applaudissements entre les morceaux cessent d’être perçus comme une interruption pour devenir une forme de compagnie. C’est là le message discret de cet album. La plupart des albums immortalisent une prestation ; celui-ci immortalise un public — des milliers de personnes venues passer une soirée ensemble, immobiles, et que l’on entend justement dans cette attitude. Mettez-le, laissez-le tourner, et vous prendrez la seule place qu’ils ont laissée libre.

Pour une pièce d'écoute, cet album est presque conçu sur mesure : une véritable plage dynamique, allant du piano feutré à la puissance brute du synthétiseur, une évolution authentique plutôt qu'une simple succession de morceaux, et une durée qui mérite qu'on y consacre toute une soirée. Ce n'est pas de la musique d'ambiance. Jamais de la musique d'ambiance.


Qu'est-ce que « Paris » de Nils Frahm ?

« Paris » est le premier album live de Nils Frahm issu d’un seul concert — enregistré à la Philharmonie de Paris le 21 mars 2024 et sorti sur son label LEITER en décembre de la même année. Dix titres, 84 minutes, couvrant l’ensemble de son répertoire, de *The Bells and Screws* à *Music For Animals* et *Day*, ainsi qu’un nouveau morceau, « Opera ».

En quoi « Paris » diffère-t-il de « Spaces » ?

L'album *Spaces*, sorti en 2013, a été compilé à partir de concerts enregistrés lors de deux tournées ; les meilleurs moments ont été sélectionnés et certains passages ont été retravaillés par la suite. *Paris* adopte une approche diamétralement opposée : il s'agit d'une soirée enregistrée sans montage, intégralement telle qu'elle s'est déroulée. Le public — ses rires, ses applaudissements, ses silences — fait partie intégrante de l'enregistrement, et ce de manière délibérée.

Pourquoi écouter un album en entier ?

En effet, l'enchaînement des morceaux, leur rythme et les silences entre eux relèvent de choix compositionnels qui n'ont de sens que dans le cadre d'un album complet. C'est d'autant plus vrai pour un album live : la soirée a été conçue comme un arc narratif continu. Sauter un morceau revient à quitter la salle en plein concert.


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