Gustav Holst — Les Planètes (1918)

Gustav Holst — Les Planètes (1918)

Par Rafi Mercer

Certains disent que la musique ancienne n'est pas de la bonne musique.

Je n'ai jamais compris ça.

Ce n'est pas parce que toute la musique ancienne est géniale. Ce n'est pas le cas. Le temps ne rend pas automatiquement une œuvre meilleure. Certaines musiques perdurent parce que les gens ne cessent de répéter qu'elles ont de l'importance. D'autres survivent parce que des institutions les protègent. D'autres encore perdurent parce que personne ne sait vraiment comment les faire disparaître des rayons.

Mais il y a aussi *Les Planètes* de Gustav Holst.

C’est une musique ancienne qui ne se comporte pas comme une musique ancienne. Elle ne se contente pas de rester sagement ancrée dans le passé. Elle ne cherche pas à être admirée simplement parce qu’elle a survécu. Elle s’impose avec force, ampleur, mystère et danger. Elle fait vibrer l’air. Elle agrandit l’espace. Elle nous rappelle que la musique accomplissait déjà des choses extraordinaires bien avant que le monde moderne ne trouve de nouveaux mots pour désigner l’atmosphère, le cinéma, l’immersion et la conception sonore.

Pour moi, cela fait partie du patrimoine musical.

Pas de manière formelle. Pas dans le sens où l’on connaîtrait chaque chef d’orchestre, chaque édition, chaque enregistrement, chaque débat savant. Je parle du patrimoine dans un sens plus intime. Les sons qui ont façonné les espaces en vous. Les morceaux de musique qui vous ont appris ce qu’était une gamme avant même que vous ne disposiez des mots pour la décrire. Ces choses que vous avez entendues dans votre jeunesse, ou à peine perçues quelque part, ou vers lesquelles vous êtes revenu plus tard, pour vous rendre compte qu’elles se cachaient tranquillement derrière la moitié de votre vie d’auditeur.

« Les Planètes » fait partie de ces œuvres.

C'est vaste sans être vide. C'est ça, le truc. Beaucoup de musique essaie de paraître grandiose. Très peu de musique comprend à quoi sert réellement cette grandeur. Holst, lui, le comprend. Il ne se contente pas d'augmenter le volume de l'orchestre. Il modifie la perception de l'auditeur. Il prend le corps humain et le transporte dans un espace plus vaste, plus froid, plus étrange, plus beau.

Il n’y a pas de Terre dans *The Planets*. Cela a toujours compté pour moi. Nous ne sommes pas en sécurité au centre, à observer le monde. Nous sommes délogés. Nous sommes écartés de la perspective habituelle. La musique ne nous flatte pas en plaçant l’humanité au centre. Elle nous transporte loin de nous-mêmes et nous fait prendre conscience de notre petitesse, ce qui est parfois exactement ce que devrait faire une grande œuvre musicale.

« Mars, le Porteur de Guerre » sonne toujours aussi brutal. Pas théâtral. Pas décoratif. Brutal. Il possède ce rythme grinçant qui évoque moins une armée qu’une machine ayant oublié la valeur de la vie humaine. Il ne se précipite pas. Il avance. Il n’y a là ni romantisme, ni noble tristesse, ni héroïsme flou. C’est la force sans tendresse. On perçoit l’ombre qu’il projette sur tant de musiques de films ultérieures, mais l’original conserve une sévérité que les imitations atteignent rarement.

Puis « Vénus, la porteuse de paix », fait son apparition, et tout le corps se transforme.

C’est là que l’œuvre dépasse le simple statut d’œuvre célèbre. Holst comprend que la paix n’est pas synonyme de faiblesse. La paix qui succède à la violence possède sa propre force, son propre poids, sa propre discipline. « Vénus » ne se contente pas d’apaiser l’auditeur. Elle rétablit la possibilité de la beauté après le choc. Elle laisse l’air revenir.

Ce mouvement m’a toujours semblé important. Écouter, ce n’est pas seulement une question d’enthousiasme. C’est aussi une question de guérison. C’est ce qui se passe après le bruit. C’est savoir si l’on est encore capable d’accueillir la douceur une fois que le monde nous a endurcis.

« Mercure, le messager ailé » scintille et disparaît presque aussitôt qu’on tente de le saisir. C’est une pensée fugace, une lumière fugace, un mouvement fugace. Puis « Jupiter, le porteur de joie » s’épanouit en l’un des grands moments de la musique britannique. Tout le monde en connaît l’ampleur, même sans savoir où on l’a entendue pour la première fois. Mais ce qui rend « Jupiter » extraordinaire, ce n’est pas seulement sa grandeur. C’est la douleur qui se cache au cœur de cette grandeur. La mélodie semble à la fois publique et intime. Elle peut appartenir à une nation, à une cérémonie, à un souvenir, à une pièce, ou à une personne assise seule, le volume réglé un peu trop fort.

C’est pour cela que la meilleure musique d’antan perdure. Non pas parce qu’elle est préservée, mais parce qu’elle ne cesse de trouver de nouveaux univers émotionnels dans lesquels s’épanouir.

« Saturne, le porteur de la vieillesse » est peut-être le mouvement vers lequel je reviens le plus sérieusement aujourd’hui. Quand on est plus jeune, on se tourne peut-être d’abord vers « Mars » ou « Jupiter », car ils s’imposent avec tant de clarté. Mais « Saturne » attend. Il avance lentement, lourdement, patiemment. Il ne présente pas la vieillesse comme un déclin. Il rend le temps audible. Il y a quelque chose de presque insupportable dans son honnêteté. Ce n’est pas exactement de la tristesse. Plus grand que la tristesse. C’est le son de la vie prenant conscience de ses propres limites.

Et puis, après les facéties et l’étrangeté d’« Uranus, le Magicien », vient « Neptune, le Mystique », qui accomplit quelque chose qui semble encore aujourd’hui radical.

Ça ne s'arrête pas là.

Ça s'estompe.

Les voix s'estompent peu à peu, jusqu'à ce que la musique semble quitter la pièce avant même que l'auditeur n'y soit prêt. La plupart des morceaux de musique aspirent aux applaudissements. « Neptune », quant à lui, aspire à disparaître. Il comprend que le silence peut faire partie intégrante de la composition, et non pas simplement ce qui survient après celle-ci.

C'est pour cette raison, à mon sens, que *The Planets* a sa place dans *Tracks & Tales*.

C'est de la musique à écouter au sens le plus profond du terme. Elle exige de l'attention. Elle récompense la patience. Elle prouve que la musique n'a pas besoin d'être nouvelle pour paraître vivante. Elle n'a pas besoin d'un rythme pour faire bouger le corps. Elle n'a pas besoin de paroles pour véhiculer un sens. Elle n'a pas besoin d'être à la mode pour rester moderne.

Certaines musiques sont ancrées dans leur époque, car elles ont été conçues autour du son de leur époque.

Certaines musiques traversent le temps parce qu’elles ont été conçues à la mesure des sentiments humains.

« Les Planètes », c'est de la musique ancienne, certes. Mais « ancienne » ne veut pas dire « dépassée ». « Ancienne » ne veut pas dire « lassante ». « Ancienne » ne veut pas dire « hors de propos ». Parfois, la musique ancienne est justement celle qui attend encore que nous mûrissions pour l'apprécier à sa juste valeur.

C'est la meilleure musique d'antan qui soit, car elle refuse de devenir un patrimoine au sens figé du terme.

Ce n'est pas une pièce de musée.

Ce n'est pas une culture de la politesse.

Ce n'est pas un arrière-plan pour ceux qui veulent paraître sérieux.

C'est vivant, effrayant, magnifique, étrange et gigantesque.

Et chaque fois que j’y reviens, je n’entends pas le passé se refermer derrière moi, mais l’avenir s’ouvrir quelque part plus loin.

Questions rapides

Qu'est-ce que « Les Planètes » de Gustav Holst ?

« Les Planètes » est une suite orchestrale du compositeur britannique Gustav Holst, articulée autour de sept mouvements inspirés par les caractéristiques astrologiques des planètes.

Pourquoi « The Planets » continue-t-il de susciter autant d'émotion ?

Car ce n'est ni l'âge, ni la réputation, ni la tradition qui comptent. Sa force réside dans son ampleur, son atmosphère, ses contrastes, son silence et la puissance émotionnelle de l'orchestre.

Quel est le mouvement le plus célèbre de *Les Planètes*?

« Jupiter, le porteur de joie » est sans doute le plus connu, mais « Mars, le porteur de guerre » reste l'une des œuvres orchestrales les plus influentes de la culture musicale contemporaine.

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