Baroke Mumbai — Un étage au-dessus d’une rue qui a perdu ses cinémas

Baroke Mumbai — Un étage au-dessus d’une rue qui a perdu ses cinémas

Le premier bar de Mumbai dédié exclusivement à l'écoute de vinyles, situé à l'étage d'un bâtiment donnant sur une rue qui était autrefois bordée de cinémas.

Par Rafi Mercer

Nouvelle annonce

Nom de l'établissement : Baroke — A Listening Bar
Adresse : 1er
étage, Krishna Palace Hotel, 96/98 Nana Chowk, Naushir Bharucha Marg, Grant Road (Ouest), Tardeo, Mumbai 400007, Inde
Site web : baroke
.in
Instagram : @barokealisteningbar

Grant Road était autrefois l'endroit où les habitants de Mumbai se retrouvaient pour s'asseoir ensemble dans l'obscurité. Le Novelty, l’Imperial, le Royal Talkies, l’Alfred, le Shalimar… toute une série de cinémas alignés le long d’un tronçon du sud de Mumbai, dont la plupart avaient disparu en 2004, transformés, démolis ou tout simplement abandonnés. L’habitude qu’ils satisfaisaient n’a pas disparu. Ce sont les salles qui ont disparu. Ce qui reste sur cette rue, c’est la circulation, les façades d’hôtels et cette densité propre à Mumbai qui fait de tout espace intérieur un choix délibéré plutôt qu’un simple compromis.

Le Baroke se trouve au premier étage de l’hôtel Krishna Palace, près de Nana Chowk. Il compte 84 places. Il a ouvert ses portes en tant que premier bar d’écoute exclusivement dédié au vinyle de la ville, et cette contrainte est au cœur même du concept : pas d’ordinateur portable à la console, pas de playlist, pas de solution de secours. Plus de deux cents disques, principalement des années 60 à 90, où Hendrix, Brubeck, Stan Getz et The Doors se partagent l’espace dans les caisses. Quand un disque se termine, quelqu’un doit se lever pour le changer. Ce simple fait mécanique modifie l’ambiance d’une salle bien plus que n’importe quel traitement acoustique.

Le cadre est également au rendez-vous. Les intérieurs signés Rohit Bohite misent sur le noyer, le béton, un éclairage tamisé et des sièges moelleux, avec la console de DJ sur mesure, flanquée de caisses, placée au centre de la pièce plutôt que reléguée dans un coin. Les enceintes Klipsch La Scala II font le travail : à pavillon, efficaces, sans fioritures, d’un design suffisamment ancien pour avoir été présentes dans les salles d’écoute avant même que celles-ci ne constituent une catégorie à part entière. On y trouve également un espace dédié au casque, directement inspiré du modèle japonais, pour les soirées où l’on préfère écouter un disque plutôt que de profiter de la compagnie des autres.

Saurabh Krishna Shetty l’a créé après avoir sillonné les États-Unis en solo, passant son temps dans des bars de quartier, des magasins de disques et des espaces dédiés à la musique, et il est revenu avec la volonté de placer la musique au cœur de la vie sociale plutôt qu’en marge de celle-ci. Sa propre description de l’établissement est la déclaration d’intention la plus claire que j’ai lue cette année de la part d’un exploitant : un bar d’écoute ne se mesure pas au volume de la musique, mais à la façon dont on s’y immerge. La carte des cocktails, imaginée par Jishnu Some, d’Ekka et de Bombay Daak, est suffisamment séduisante pour attirer des clients qui ne sont pas venus pour les disques — ce qui est soit un compromis, soit l’objectif même, selon votre degré d’orthodoxie.

Soyons clairs sur ce que le Baroke n’est pas. Ce n’est pas un lieu où règne un silence solennel. Le jeudi, on y organise des soirées consacrées à RD Burman ; le week-end, l’ambiance penche vers le blues ; certains clients l’ont décrit comme un bar avec un DJ qui passe des vinyles, et au moins l’un d’entre eux a demandé de baisser le volume pour pouvoir discuter. À Tokyo, cela serait considéré comme un manquement aux règles. À Mumbai, c’est le lieu qui s’adapte pour survivre sur un marché de la vie nocturne qui ne valorise pas encore le silence, et prétendre le contraire reviendrait à nier la réalité actuelle de la culture de l’écoute en Inde. La rigueur réside dans la source — uniquement des vinyles, pas de solution de repli numérique — plutôt que dans l’étiquette.

Cela mérite le respect. Une salle qui fonctionne à plein régime parce qu’elle n’a pas d’autre choix agit de manière fondamentalement différente d’une salle qui fonctionne à plein régime parce que les clients ont accepté de rester calmes. La première tiendra plus longtemps que la seconde. La discipline intégrée au matériel ne dépend pas de l’humeur de qui que ce soit.

Allez-y à six heures, à l'ouverture, quand la salle est encore presque vide, et vous découvrirez la version la plus fidèle à l'esprit du spectacle. Allez-y à onze heures et vous découvrirez Mumbai. Les deux sont vraies.

Un étage au-dessus d'une rue qui a perdu ses cinémas, quelqu'un a aménagé une salle où l'on doit rester jusqu'à la fin. Ce n'est pas de la nostalgie. C'est une réparation.


Rafi Mercer écrit sur les lieux où la musique occupe une place importante. Pour découvrir d'autres articles de la rubrique « Tracks & Tales », abonnez-vous ou cliquez ici pour en savoir plus.

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