Space Talk — Une salle qui vous répond à Farringdon

Space Talk — Une salle qui vous répond à Farringdon

Par Rafi Mercer

Nouvelle annonce

Adresse : 18–20 St John Street, Londres EC1M 4AY, Royaume-Uni

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Tout commence sur St John Street, avec une douce lueur filtrant à travers les vitres et le murmure discret de ceux qui décident de s’attarder. Farringdon peut être en effervescence le week-end — les échos de Smithfield, les trains tardifs qui vont et viennent — mais Space Talk fonctionne autrement. On ne l’entend pas avant de le voir. On le devine : une poche de calme qui semble être à l’écoute d’une autre fréquence. Passez le seuil et la ville s’estompe de quelques décibels ; la salle se dévoile par couches successives : du bois chaleureux, des courbes douces, un bar qui ressemble davantage à un saut de ligne qu’à un comptoir, une cabine d’écoute encastrée dans l’architecture comme une promesse. Ce n’est pas un lieu qui cherche à tout être ; c’est un lieu qui ose bien faire une seule chose : un bar d’écoute où la salle et le disque viennent à votre rencontre. 

La première chose que l’on remarque, c’est à quel point le design apaise les tensions des épaules. L’architecture — signée EBBA en collaboration avec le Studio Charlotte Taylor — enveloppe l’espace de matériaux naturels et de formes arrondies, de sorte que le regard ne bute jamais sur une arête vive. La lumière est maniée comme un instrument : suffisante pour distinguer les visages, mais pas assez pour briser le charme. Il y règne ici une sérénité, une forme d’hospitalité qui s’installe avant même que le service ne commence, véhiculée par le bois, le plâtre et la façon dont la pièce respire. On la ressent avant même d’en comprendre la raison. L’explication, si l’on cherche à la trouver, est simple : ce lieu a été conçu autour du son et de la communauté, construit pour créer une atmosphère intime. C’est un design qui évoque le calme, mais pas le silence. 

C’est alors que l’on perçoit le système. Pas fort — jamais fort — mais présent, à l’image d’une bonne conversation qui se déroule à la bonne distance, de l’autre côté d’une table. Le son est signé Friendly Pressure, avec des enceintes produites en collaboration avec le fabricant Lewis Kemmenoe ; l’acoustique a été prise en charge par Ethan Bourdeau. C’est une approche plus rare qu’on ne le pense : commander d’abord la pièce, puis commander le son adapté à cette pièce, plutôt que d’installer du matériel à l’aveuglette en espérant que les murs soient d’accord. Le résultat : une clarté sans éblouissement, des basses qui pulsent sans vous bousculer, et des médiums capables de maintenir une voix en suspension sans vous envahir. On pourrait discuter ici pendant des heures sans jamais avoir l’impression de lutter contre la musique. Ce n’est pas une question de volume. C’est une question d’intention. 

Space Talk se décrit comme un bar hi-fi proposant « une sélection musicale unique couvrant différents genres, diffusée via un système audio sur mesure ». Des mots simples, mais un défi de taille. L’adresse est indiquée clairement — 18–20 St John Street — et les horaires sont de ceux qui récompensent ceux qui arrivent en soirée et ceux qui s’attardent tard, les soirs de semaine se prolongeant jusqu’à minuit et les week-ends allant encore plus tard. Pas besoin de manifeste quand c’est l’endroit lui-même qui parle. La plupart des lieux se mettent en avant ; celui-ci, lui, invite à entrer. 

Il y a ici une cadence particulière à la nuit. Les premières sessions sont propices à la conversation ; les sélections privilégient l’espace et la texture : un jazz qui respecte le silence, une musique électronique aérienne, des disques de soul qui semblent avoir été enregistrés pour cette nuance précise de lumière. Plus tard, le rythme s’accélère et la cabine se met à propulser la musique sans pour autant miser sur le volume. La position en contrebas de cette cabine a son importance : c’est le signe que le DJ est au milieu de la salle, et non au-dessus — la salle et la personne qui en façonne la bande-son se trouvent sur le même plan. Ce simple choix efface la distance entre le public et l’auteur, entre la performance et la présence. 

En y regardant de plus près, on se rend compte que Space Talk est bien plus qu’un simple lieu aménagé avec goût. C’est tout un petit écosystème en train de se construire. À l’occasion de son premier anniversaire, l’équipe a lancé ST Records, un label exclusivement dédié au vinyle qui diffuse la musique d’artistes ayant façonné l’univers sonore du bar — dont certains morceaux ont été enregistrés entre ces quatre murs lors de sessions tranquilles du dimanche. La première compilation, ST01, se lit comme une carte de l’ADN du lieu : des morceaux choisis parce qu’ils s’épanouissent pleinement dans cette acoustique, et non parce qu’ils font sensation sur de grosses installations ailleurs. C’est une subtile affirmation de valeurs : un bar qui commande un disque qui sonne le mieux dans sa propre salle. C’est un cercle vertueux qui mérite d’être célébré : l’espace dans le disque, le disque de retour dans l’espace. 

La conception même de la salle révèle mille petites décisions au service de l’écoute. Le mobilier de Spazio Leone est disposé de manière à préserver la visibilité sans pour autant transformer les invités en public ; la palette de couleurs, aux teintes chaudes, vise à réduire la fatigue mentale ; les finitions en bois adoucissent les angles afin que les réflexions ne durcissent pas les aigus. Les courbes de la salle ne sont pas seulement esthétiques : elles facilitent la propagation du son. Si ce genre de détails vous tient à cœur (c’est notre cas), c’est un petit frisson de plaisir de réaliser que l’on peut s’asseoir presque n’importe où tout en percevant les micro-dynamiques d’une caisse claire jouée au balai, la montée des consonnes d’un chanteur, la façon dont l’attaque d’un synthétiseur s’adoucit pour se fondre dans le sustain. Vous ne connaîtrez pas les noms derrière ces choix à moins de les demander, mais votre corps perçoit immédiatement la différence. 

Il règne ici une logique d’accueil de plus en plus rare : Space Talk n’est pas un autel dédié au matériel, mais un espace dédié aux gens. Le personnel évolue comme s’il était dans le secret : il ne traverse jamais le champ sonore, ne précipite jamais le service. La carte est en parfaite harmonie avec l’ambiance : des boissons conçues pour favoriser la conversation, des plats qui viennent ponctuer le moment plutôt que de l’interrompre. Ce n’est pas prétentieux. C’est précis. Le genre d’endroit où l’on pourrait emmener à la fois quelqu’un qui s’intéresse aux vinyles et quelqu’un qui s’en moque, et où les deux repartiraient avec la même expression : les épaules détendues, la voix plus douce, le temps légèrement altéré.

Farringdon est un cadre idéal pour ce genre d’assurance. Le quartier a toujours été marqué par des contradictions : industrie et gourmandise, bureaux et sorties après le travail, pubs où l’on rit aux éclats et coins où l’on préfère chuchoter. Space Talk se situe à la jonction de ces différentes énergies. Dès que vous franchissez le seuil, vous entrez dans une autre dimension : ce qui n’était que bavardage devient une intonation, ce qui n’était que bruit devient une texture. Vous commencez à percevoir le timbre de la ville plutôt que son volume.

Ici, les détails comptent, même au niveau de l’organisation. L’établissement se trouve à quelques pas de la gare de Farringdon, suffisamment près pour être pratique, mais assez loin pour éviter d’attirer une clientèle de passage indésirable. Les horaires s’étendent tard le vendredi et le samedi, tandis que le dimanche est considéré comme une coda, une expiration plus lente qui correspond bien au tempérament de la salle. Certaines soirées portent des noms que vous reconnaîtrez : un invité d’un label que vous adorez, un DJ dont vous écoutez les mixes depuis des années. D’autres soirs, la salle se contente simplement de faire son travail, en laissant les disques respirer. Si vous êtes du genre à aimer planifier, gardez un œil sur leurs réseaux sociaux ; si vous êtes du genre à faire confiance au hasard, venez et laissez-vous surprendre par le set qui vous est proposé. 

Le son lui-même possède une qualité que je qualifierais de « fidélité conversationnelle ». Vous pouvez bien sûr décortiquer le mixage si vous le souhaitez — isoler les médiums-graves, repérer les modes de la pièce, admirer la façon dont les aigus ne se transforment jamais en sifflements — mais là n’est pas vraiment l’essentiel. L’essentiel, c’est l’effet que cela produit sur les gens. On le constate lorsque la pièce s’accorde à une voix et que personne n’élève la voix pour la contrer, ou lorsqu’une ligne de basse profonde et puissante s’installe et que les têtes se balancent au rythme de la musique sans que les tables ne tremblent. C’est une vérité immuable : un système réglé pour collaborer avec son espace l’emportera toujours sur celui qui tente de le dominer. Les ingénieurs de Space Talk l’ont bien compris dès le premier jour.

Ce que j’apprécie le plus, c’est le refus de ce lieu de uniformiser les goûts. Vous entendrez de la disco psychédélique une heure, du minimalisme « broken beat » l’heure d’après, un disque de soul au son authentique, puis un morceau d’ambient décalé qui transforme les bavardages en chœur. Ce n’est pas de l’éclectisme pour l’éclectisme ; c’est une programmation qui s’appuie sur la mémoire et l’expression. Les sélections rendent hommage au passé, invitent le présent et laissent suffisamment de place à l’avenir pour vous surprendre.

Il règne également dans la salle un contrat social tacite : nous sommes tous là pour que ça marche. Le personnel tient le cap sans jamais avoir besoin de le préciser ; les DJ interprètent les signaux provenant des tables aussi attentivement que ceux de la piste de danse ; les invités s’adaptent à mesure que la lumière se réchauffe. Si vous avez déjà passé des soirées dans des endroits où le volume sonore sert de masque, Space Talk est un véritable soulagement : rien derrière quoi se cacher, tout à savourer.

Lorsque vous revenez sur St John Street, le rythme de Farringdon vous paraît soudain plus lisible. Un bus s’arrête dans un soupir et vous entendez la pression de l’air changer ; un ami rit de l’autre côté de la rue et vous en captez les harmoniques. C’est ce que font les bonnes salles d’écoute : elles réinitialisent votre perception pour que la ville vous apparaisse avec plus de détails et moins de rugosité. On ne quitte pas Space Talk avec un bourdonnement dans les oreilles. On en repart avec le sentiment que la nuit recèle encore des notes à découvrir.

Si Tracks & Tales a pour vocation de recenser les lieux où le son occupe une place centrale, Space Talk s’impose comme un point lumineux sur cette carte. Non pas comme un pastiche des kissas japonaises, ni comme un simulacre d’« ambiance » à base de néons et de playlists en mode aléatoire, mais comme un espace londonien, conçu à Londres, adapté au mode de vie réel des Londoniens. C’est un nouvel endroit, certes, et il fait preuve de cette prudence propre aux nouveautés. Mais il accomplit déjà ce qui compte le plus : rappeler aux gens qu’écouter est un acte partagé. C’est ainsi que naissent les scènes : discrètement, délibérément, et avec des disques qui semblent avoir enfin trouvé un lieu à leur mesure. 

Foire aux questions — Space Talk, Farringdon, Londres

Qu'est-ce que « Space Talk » à Londres ?

Space Talk est un bar dédié à l'écoute hi-fi situé au 18-20 St John Street, à Farringdon, Londres EC1M 4AY. Il se présente comme un bar hi-fi proposant une sélection musicale unique diffusée via un système audio sur mesure — conçu par EBBA en collaboration avec le Studio Charlotte Taylor, avec une conception acoustique signée Ethan Bourdeau et des enceintes fournies par Friendly Pressure. Il s'agit de l'un des espaces d'écoute les mieux conçus de Londres.

Où se trouve « Space Talk » ?

Space Talk se trouve au 18-20 St John Street, Londres EC1M 4AY, à quelques pas de la station Farringdon, dans le quartier EC1. L'adresse est située entre Clerkenwell et Smithfield, dans l'un des quartiers les plus dynamiques sur le plan culturel de Londres.

Quel genre de musique passe-t-on dans « Space Talk » ?

Les programmes « Space Talk » couvrent un large éventail de styles : jazz, disco psychédélique, minimalisme « broken-beat », soul, musique d’ambiance et musique électronique du monde. Les morceaux sont sélectionnés pour leur fluidité et leur capacité à plonger l’auditeur dans l’ambiance, le système audio étant spécialement calibré en fonction de l’acoustique de la salle. Des DJ invités se produisent régulièrement en complément de la programmation propre à l’établissement.

En quoi le système audio de Space Talk est-il si particulier ?

Le système audio a été spécialement conçu pour cette pièce : il a été conçu par Friendly Pressure, avec des enceintes fabriquées par Lewis Kemmenoe et l'acoustique prise en charge par Ethan Bourdeau. Plutôt que d'installer un équipement standard, la pièce et le son ont été développés de concert, ce qui a permis d'obtenir une clarté sans éblouissement, des basses qui s'imposent sans être agressives, et des médiums qui laissent les voix flotter dans l'air sans envahir l'auditeur.

Est-ce que Space Talk possède son propre label ?

Oui — à l'occasion de son premier anniversaire, Space Talk a lancé ST Records, un label exclusivement dédié au vinyle qui édite des titres d'artistes ayant marqué l'identité sonore du bar, dont certains ont été enregistrés directement sur place. La première compilation, ST01, a été choisie précisément parce qu'elle sonne le mieux dans l'environnement acoustique propre à Space Talk.

« Space Talk » figure-t-il dans « Tracks & Tales » ?

Oui. Le Space Talk figure dans le guide mondial des bars d'écoute « Tracks & Tales », rédigé par Rafi Mercer, et compte parmi les établissements phares de la sélection de Tracks & Tales à Londres et au Royaume-Uni. Tracks & Tales fait figure de référence mondiale en matière de culture des bars d'écoute.

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