« The Quiet is Tuned » : la fidélité chaleureuse du Notre Dame Music Bar dans le 11e arrondissement

« The Quiet is Tuned » : la fidélité chaleureuse du Notre Dame Music Bar dans le 11e arrondissement

Par Rafi Mercer

Nouvelle annonce

Le Notre Dame Music Bar est l'un des bars musicaux les plus réputés de Paris — découvrez-en davantage dans notre guide des lieux musicaux parisiens.

Nom du lieu : Notre Dame Music Bar
Adresse : 6 rue Émile Lepeu, 75011 Paris, France
Site web : instagram.com/notredame_musicbar
Téléphone : N/A
Profil Spotify : N/A


Paris vit la nuit comme il vit le parfum : en couches superposées, persistant, mémorable avant même qu’on ait pu le nommer. Rue Émile Lepeu, une porte discrète s’ouvre sur un bar où flotte un léger parfum d’écorce d’agrumes et de bois laqué, et dès le premier pas à l’intérieur, la soirée prend une autre dimension. La salle est petite, élégante, et bourdonne déjà d’un brouhaha à taille humaine ; le Notre Dame Music Bar a l’allure d’un secret : droit, posé, prêt à écouter.

Les sièges ne sont pas tant dispersés qu’agencés, disposés avec le même soin qu’un ingénieur du son apporte à l’image stéréo. Les tables sont basses ; des banquettes longent les murs latéraux ; le bar lui-même est un fin ruban de lumière et de bouteilles, rien de théâtral, tout est pensé. On ne se bat pas pour trouver de la place. On trouve sa place et la salle s’occupe du reste.

Le premier morceau de ma soirée commence avant même que j’aie vu la pochette. C’est une ligne de saxophone ténor où le souffle est encore suspendu à l’anche, et le son ne s’impose pas par son volume mais par sa présence — le genre de présence qui vous fait lever les yeux pour repérer les enceintes, même si vous préférez faire semblant de rien. Par-dessus mon épaule gauche : des enceintes JBL à la géométrie vintage qui privilégie la sonorité à la mode. Dans le rack : le verre McIntosh qui brille d’un vert doux, le genre de matériel qui tient une note comme s’il se souvenait de la façon dont elle a été produite. (Si vous comprenez, vous comprenez ; si ce n’est pas le cas, vous comprendrez d’ici la fin de la soirée.)

Ce qui frappe, ce n’est pas le volume, mais l’ampleur. La grosse caisse touche le parquet et résonne sous vos pieds. Le son d’une cymbale se propage dans la pièce et semble s’enrouler autour des bords des lampes avant de disparaître. Les accords de piano ont un poids qui n’est pas lourd ; ils sont simplement là, en trois dimensions, comme des mains.

Le mur de vinyles resplendit : près de deux mille pochettes, une mosaïque de couleurs et de typographies. C’est un aperçu de ce que la nuit peut réserver : du jazz classique avec des pressages français bien en évidence, une touche de soul qui mettra l’ambiance au bon moment, du highlife d’Afrique de l’Ouest qui attend comme une promesse de fin de soirée, des disques de dub avec des étiquettes de prix manuscrites encore accrochées dans les coins. On pourrait rester deux heures devant ces étagères et en apprendre davantage sur la façon dont Paris écoute la musique aujourd’hui qu’en parcourant une douzaine de programmes de concerts.

On ne vous fera pas ici de grand discours sur les règles, mais l’esprit des lieux est bien connu. Pas de grands groupes ; pas de réservations ; on écoute d’abord. Le personnel s’y prend avec légèreté : un signe de tête pour faire baisser la voix, un doigt sur les lèvres au moment des dernières mesures d’un solo de piano, une boisson servie sans faire de bruit pour que la fin du morceau ne soit pas interrompue. Le bar est une chorégraphie : secouer, remuer, verser, poser — le tout à un tempo qui s’accorde avec le disque plutôt que de le contrarier.

Je commence par un highball, car l’ambiance s’y prête : froide, lumineuse, conçue pour la durée plutôt que pour le spectacle. Il opère ce miracle japonais : il donne l’impression d’être de l’eau, mais a le goût d’une décision. Plus tard, on me sert un verre de vin, un vin peu travaillé, juste sur le point de s’épanouir, qui évolue dans les médiums comme s’il avait été assemblé pour les cuivres et les balais.

Le sélectionneur est un complice discret. Il privilégie les faces d’albums plutôt que les singles, et lorsqu’il effectue des transitions, celles-ci s’enchaînent sans heurts — un léger ajustement de tempo pour faire avancer l’histoire plutôt qu’une démonstration de technique. Nous passons du modal de la fin des années 60 à un disque brésilien où les percussions sont une véritable leçon de géographie, puis à une curiosité parisienne éditée à tirage limité que personne à ma table n’avait entendue, mais que nous faisons tous semblant de connaître. C’est ce que font les bars d’écoute lorsqu’ils sont honnêtes : ils font de la découverte un moment collectif sans en faire un quiz.

L’acoustique de la pièce est simple : pas de mousse visible collée aux murs, pas de diffuseurs « Skyline » qui attirent l’attention à outrance, juste des proportions qui modèrent les réflexions et un plafond qui sait adoucir le son de la caisse claire sans l’étouffer. L’espace de mixage est généreux ; on peut s’asseoir presque n’importe où et avoir l’impression d’être dans le « sweet spot ». C’est un compliment réservé à très peu d’espaces, et c’est ce qui distingue un son « correct » d’un son « bien réglé ».

En face de moi, un couple se penche en avant au même moment, au rythme de la même phrase de saxophone, arborant un double sourire, comme on le fait quand un morceau fait mouche. Au bar, un habitué des solos lève son verre au milieu d’une pause, en guise de salut à personne et à tout le monde. Dans un coin, un trio communique par des gestes de la main et des mots laconiques pendant un solo de basse, car le reste est déjà dit. L’écoute a son propre langage corporel, et Notre-Dame le déchiffre avec aisance.

Le temps s’écoule. C’est à cela qu’on sait que l’ambiance fonctionne. Deux heures se fondent en un tout cohérent, au lieu de douze morceaux distincts. Le monde extérieur fait parfois irruption — le bruit Doppler d’un scooter dans la rue ; un murmure à la porte ; un léger courant d’air chaque fois que quelqu’un se glisse à l’intérieur — puis tout disparaît à nouveau sous le poids de ce qui flotte dans l’air. Je me surprends à observer les mains du sélectionneur autant qu’à écouter la sélection : le mouvement délicat du bras de lecture, la prise sur le bord ouvert d’une pochette, le petit sourire quand la première mesure s’enchaîne précisément sur la bonne mesure de silence.

Paris a su s’approprier cette culture inspirée du kissa avec une élégance toute particulière. Moins de règles qu’à Tokyo, plus d’attention qu’dans un bar classique ; le compromis, ce sont de meilleures manières, tant au niveau du son que de la compagnie. Notre-Dame se trouve au cœur de cette tendance, un endroit où l’on peut venir seul, avec une intention précise, ou avec un ami qui comprend pourquoi, à cet instant précis, c’est la chanson qui fait office de conversation.

Il y a un moment clé en fin de soirée que beaucoup de salles ne parviennent pas à gérer correctement : ce moment où l’énergie veut monter en puissance, mais où la fidélité sonore veut rester stable. Ici, cela est géré comme une transition en douceur plutôt que comme un précipice. Le tempo s’accélère légèrement, la basse est un peu plus puissante, les morceaux moins mélancoliques, mais on n’a jamais mal à la tête. Quelqu’un se balance peut-être près du bar ; personne n’essaie de transformer le banc en piste de danse. Si c’est ce que vous recherchez, le 11ᵉ est là pour vous, à trois rues de là. Si vous voulez rester dans l’ambiance musicale, vous restez où vous êtes.

Lorsque la dernière face de la nuit tourne, il s’installe un calme qui va au-delà du silence ; c’est un consensus. L’assemblée s’accorde à partir ensemble. On enfile lentement ses manteaux, on vide son verre en deux gorgées plutôt qu’en une seule, et chacun se lève pour tracer son chemin vers la porte, le regard pas encore tout à fait prêt à affronter les intempéries. Dehors, la rue est courtoise. Le rythme général de la ville est toujours là, mais plus feutré ; vos pas suivent le tempo du disque, même si celui-ci est terminé.

Sur le chemin du retour, vous entendez à nouveau le son du bar. Vous percevez la rondeur des JBL dans le vrombissement d’un bus au carrefour, et un scintillement McIntosh dans les câbles aériens lorsque le vent s’y faufile. C’est ça, une bonne salle d’écoute : elle vous réaccorde, vous, et pas seulement ses propres murs. Vous rentrez chez vous avec la soirée qui continue de se mélanger dans votre tête, et vous réalisez que vous n’avez pas simplement passé une soirée dehors ; vous avez investi dans un souvenir que vous pourrez réécouter sans aiguille.

Notre Dame ne plaira pas à tout le monde, et c’est justement ça qui compte. Ce n’est pas une fête. C’est une pratique. Elle récompense celui ou celle qui s’assoit, sirote et écoute ; qui laisse une face d’album se terminer même s’il ou elle aimerait partager ce moment sur Instagram ; qui comprend que la fidélité est une autre façon de dire « respect » — pour le disque, pour la salle, pour les autres. Et dans un quartier de la ville où le spectacle est bon marché et où il suffit de tourner un bouton pour monter le volume, une telle retenue semble radicale.

Il n'y a que Paris pour transformer le calme en une expérience luxueuse.

Rafi Mercer écrit sur les lieux où la musique occupe une place importante. Pour découvrir d'autres articles de la rubrique « Tracks & Tales », abonnez-vous ou cliquez ici pour en savoir plus.


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