L'espace qui se forme une fois que le côté est terminé
J'essaie de déterminer, avec prudence, si tout cela va dans la bonne direction.
Par Rafi Mercer
Le bras se lève à la fin d'un passage, revient en arrière, puis se stabilise. Pendant quelques secondes, le bruit ambiant est plus fort que ne l'était la musique. Le frigo. La circulation dehors. Le léger bruit d'une maison qui se demande quoi faire ensuite.
C'est justement cet intervalle qui a gagné ma confiance. Pendant qu'un disque passe, on ne se forge pas vraiment d'opinion à son sujet : il y a le volume, la pièce, l'heure, le verre, tout cela qui s'impose d'un seul coup. C'est dans le silence qui suit qu'on découvre ce qu'on en pense, selon que notre main se dirige vers l'étagère pour choisir autre chose ou qu'elle reste où elle est.

J'essaie de déterminer si je suis sur la bonne voie, et j'en reviens toujours à la même méthode. Ce n'est pas la mesure. C'est l'écart qui suit.
La plupart des semaines ici ne se distinguent pas les unes des autres. On écrit quelque chose, on lit quelque chose, quelques personnes trouvent une chambre dans une ville où elles se rendaient de toute façon. Rien ne sort de l’ordinaire. Autrefois, ces semaines m’inquiétaient ; aujourd’hui, elles m’intéressent, car ce sont elles qui disent la vérité. Tout semble vivant quand tout va bien. Ce qui compte, c’est ce que fait une chose quand personne ne la regarde, et celle-ci, laissée à elle-même, continue d’avancer.
Et puis il y a les jours où j’apporte un changement. Je limite délibérément ces moments à un après-midi par semaine, car sinon, je passerais mon temps à jouer avec les réglages. Il existe une forme particulière d’agitation qui se présente sous le masque de l’ambition : cette envie d’ajouter, d’accélérer, de rendre une chose plus grande en la rendant plus chargée. Presque à chaque fois, la bonne décision est de laisser les choses telles quelles. Ne pas toucher à ce qui fonctionne est plus difficile que n’importe quelle autre tâche.
Le « Listening Club » est né du même instinct, même si je ne savais pas encore comment le formuler à l’époque. Un album par mois, écouté dans son intégralité, tous ensemble. Ça commence sans un mot : l’aiguille se pose sur le disque, et c’est ça l’annonce. La formule n’a pas encore eu besoin d’être modifiée. La contrainte, c’est justement l’essentiel : un disque qu’on ne peut pas sauter devient un disque qu’on écoute vraiment. J’ai déjà raconté ailleurs comment cela a commencé, et pour être honnête, c’était au départ simplement deux personnes dans une pièce, plutôt qu’un projet mûrement réfléchi.
Le livre était identique, mais plus lent. Je l’ai écrit parce que je voulais que cet argument existe quelque part où il ne pourrait pas être discrètement modifié. L’imprimé ne permet pas de bricoler. Il en est à sa quatrième édition, et la deuxième version, bien que terminée, n’a jamais été publiée, ce qui en dit long sur ce que je pense de la précipitation.
Bref : on est sur la bonne voie. Je ne pense pas qu’on puisse répondre à cette question un simple mardi. On ne peut pas tirer de conclusion d’une seule journée, pas plus qu’on ne peut juger un album après l’avoir écouté pendant trente secondes. Ce que tu peux faire, c’est te demander si tu as toujours envie d’être là. Si ces semaines calmes te donnent l’impression d’un déclin ou simplement d’un caprice de la météo. Si ce que tu as construit t’en demande plus qu’il ne t’apporte en retour.
Ce n'est pas mon cas. Pas encore.
Le bras est de nouveau posé sur son support. Le silence est revenu dans la pièce. Je n'ai pas tendu la main vers l'étagère, et je ne me suis pas levé non plus.
Comment décidez-vous quand il faut changer quelque chose ?
Je limite les changements à un après-midi par semaine. Tout le reste attend. La plupart des envies d'intervenir ne tiennent pas plus de quarante-huit heures, et celles qui perdurent méritent généralement qu'on y donne suite. Les autres n'étaient que de l'agitation accompagnée d'une belle histoire.
Comment se déroule concrètement une séance du « Listening Club » ?
Un album par mois, sur vinyle, écouté dans son intégralité par tout le monde en même temps. Pas de préambule, pas de discussion pendant l’écoute. L’aiguille se pose sur le disque et c’est le début. Les commentaires et les discussions viennent après, pas pendant.
Faut-il s'y connaître en hi-fi pour apprécier « Tracks & Tales » ?
Non. La plupart des meilleures salles d'écoute que j'ai découvertes regorgent de gens incapables de citer le nom d'un seul élément qui s'y trouve. S'asseoir et laisser un disque se dérouler jusqu'au bout, voilà tout l'art, et personne n'a besoin de matériel pour s'y exercer.
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